Cette petite série, qui vise à nous montrer l’importance de la conversion du cœur, doit également être comprise dans une dimension supra-personnelle. Cela signifie que nos efforts pour atteindre un cœur pur ne servent pas seulement à notre sanctification personnelle, mais sont aussi une arme dans le combat spirituel. Saint Paul nous dit clairement que notre combat est « contre les princes, contre les puissances (…), contre les esprits mauvais répandus dans l’air » (Ep 6,12). Ceux-ci profitent de nos mauvaises inclinations humaines et les renforcent. Une fois que notre cœur s’est assombri, il leur est plus facile de nous impliquer dans leur rébellion contre Dieu ou, au moins, de nous affaiblir ou de nous rendre incapables de mener le véritable combat contre ces esprits.
En revanche, un cœur qui, grâce à l’influence du Saint-Esprit, devient de plus en plus pur et dans lequel coule la grâce de Dieu, leur est insupportable. Il suffit de penser au cœur très pur de la Vierge Marie, devant lequel ils doivent s’enfuir. À cela s’ajoute le fait qu’un tel cœur s’enflamme de plus en plus d’amour pour Dieu et pour les hommes et se met entièrement au service du Père céleste. Il luttera donc contre tout ce qui tente de ternir la gloire de Dieu et transmettra le message de l’Évangile à d’autres personnes. Cela affaiblit à son tour le pouvoir du Malin, de sorte que chaque cœur pur devient une menace pour lui, non seulement parce qu’il ne se laisse pas entraîner par ses machinations, mais aussi parce qu’il les combat activement avec la force du Seigneur. Ainsi, nous pouvons prendre notre place dans l’armée de l’Agneau, en coopérant par notre prière et notre lutte pour la sainteté afin que la paix du Christ parvienne aux hommes et que la puissance de Son amour chasse les ténèbres.
Ces réflexions peuvent nous motiver à travailler à la purification de notre cœur avec l’aide du Saint-Esprit. Penchons-nous maintenant sur un autre vice qui obscurcit grandement notre cœur, afin de pouvoir le surmonter à la lumière de Dieu. Je veux parler de l’envie.
Il s’agit d’une malice très persistante, à laquelle nous devons faire face avec détermination. L’envie ferme notre cœur à Dieu et à l’autre personne, et obscurcit tout notre être. Or, si nous renonçons à l’envie, si nous concentrons notre volonté sur le fait d’accorder de bon gré à l’autre ce que Dieu lui a donné et si nous en remercions le Seigneur, alors nous aurons pris la bonne direction. Nous aurons ici grand besoin de l’aide du Saint-Esprit, afin que, d’une part, cet acte de volonté devienne constant et, d’autre part, que soit touchée la source d’où jaillit cette envie, c’est-à-dire notre cœur.
L’envie vient des ténèbres. L’Écriture parle de « l’envie du diable » (Sb 2,24). Elle obscurcit donc notre cœur. Lorsque nous nous laissons emporter par elle, notre cœur devient mauvais et l’envie devient le moteur des mauvaises actions. Elle est donc destructrice à tous égards et tue l’amour.
Le Saint-Esprit, en revanche, est l’amour même qui a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5,5). À travers Lui, notre Père céleste veut établir Son trône en nous. L’amour n’envie rien à personne. Au contraire : l’amour se donne et fait de nous des récepteurs, des bénéficiaires qui, tout comme ils reçoivent des dons de Dieu, veulent aussi faire plaisir aux autres. Ainsi, si nous commençons à nous éloigner des ténèbres, au lieu de nous laisser emporter par leurs impulsions, nous renoncerons volontairement au mal. Un tel acte bénéficie déjà du soutien du Saint-Esprit, car sans Lui, nous ne pourrions même pas identifier l’envie, et encore moins y renoncer.
En invoquant concrètement et avec persévérance le Saint-Esprit sur les ténèbres de l’envie, Il touchera cette obscurité en nous et la transformera, car les ténèbres doivent reculer devant la lumière.
En d’autres termes, l’amour de Dieu peut désormais entrer plus pleinement dans notre cœur à ce stade, l’arrachant des griffes du mal et le libérant. L’étroitesse du mal est remplacée par l’ampleur de l’amour.
Il convient de préciser qu’en général, ce sera un long combat. Nous devrons sans cesse percevoir l’envie en nous. Mais peut-être qu’après un certain temps, nous remarquerons qu’elle a diminué, dans la mesure où l’amour de Dieu a trouvé plus de place dans notre cœur. Pour cela, nous devrons sans cesse accomplir des actes qui contrecarrent l’envie. Nous souffrirons du fait que nous la percevons encore dans notre cœur, même si nous nous en sommes déjà éloignés par notre volonté. Cette souffrance est bonne et salutaire. C’est le signe que l’amour grandit dans notre cœur. Nous souffrons de plus en plus de notre inclination au mal, et combien nous aimerions changer et être tels que Dieu veut que nous soyons.
Ce que j’ai expliqué à propos de l’envie s’applique également à tous les autres vices qui, selon les paroles du Seigneur, sortent du cœur de l’homme (Mc 7,14-23). Nous devons les percevoir dans notre cœur, nous en détourner, rechercher les vertus et demander au Saint-Esprit de nous guérir et de nous libérer, dans un processus concret de transformation intérieure.
C’est une voie que nous pouvons emprunter pour coopérer à la conversion de notre cœur. Afin de ne pas tomber dans le découragement, nous ne devons jamais oublier que tout cela se passe en présence d’un Père aimant, qui désire notre sanctification. Dans la mesure du possible dans notre vie terrestre, la plénitude de la sainteté à laquelle Il nous appelle (cf. Mt 5,48) devrait habiter en nous. Cependant, Dieu est un Père qui connaît nos faiblesses et nos rechutes, et qui nous relève encore et encore. Les sacrements sont une aide inestimable pour nous, en particulier la confession et la Sainte Messe.
Nous sommes donc appelés à ce combat véritable et noble, et grâce à la Sainte Confirmation, nous avons déjà été fortifiés sacramentellement. C’est là le combat essentiel, car il nous conduit au cœur du sujet. Je vous rappelle à nouveau que les puissances des ténèbres veulent profiter des mauvaises inclinations de l’homme pour le précipiter dans le malheur. Ce n’est donc pas un combat que nous menons uniquement pour notre propre sanctification, mais c’est aussi une contribution importante pour notre Église et sa mission dans ce monde. Ce combat est une partie essentielle de notre vocation de chrétiens, si nous voulons appartenir à « l’armée de l’Agneau » et lutter à Ses côtés contre le dragon.
Ce qui est en jeu, c’est notre cœur. Appartient-il vraiment au Seigneur (conformément au premier commandement) ou se laisse-t-il entraîner vers ses abîmes ? Atteindre la pureté du cœur sera une grande victoire.
Dans cette bataille que nous sommes appelés à mener, nous pouvons compter sur l’aide de la Vierge Marie, dont le Cœur Immaculé triomphera des puissances des ténèbres. Nous, en tant qu’hommes faibles, ne pourrons résister dans ce combat qu’avec la grâce de Dieu. Il nous l’accordera et nous assignera notre place dans la « multitude de l’Agneau ».
Comme fleur de la méditation d’aujourd’hui, efforçons-nous d’obtenir un cœur pur afin qu’il soit une arme de lumière.
Méditation sur la lecture du jour : https://fr.elijamission.net/2022/03/21/
