Jour 26 : « Le règne du Christ »

Nous avons déjà parcouru plus de la moitié de notre cheminement de Carême et nous approchons de plus en plus de la Semaine Sainte. Le quatrième dimanche de Carême est un dimanche de joie (Laetare, en latin). Le prêtre peut utiliser des vêtements liturgiques de couleur rose pour souligner le caractère joyeux de ce jour.

L’Évangile d’aujourd’hui (Jn 6, 1-15) nous présente l’histoire bien connue de la multiplication miraculeuse des pains et des poissons. La foule avait écouté la prédication de Jésus et, à la fin, Il voulut les nourrir et leur montrer la providence et la gloire de Dieu à travers ce signe. C’est ce qui se produisit, et non seulement tous furent rassasiés, mais il resta encore douze paniers. L’Évangile atteste qu’il y avait cinq mille hommes (v. 10).

Ce miracle incita les gens à louer Jésus comme le prophète attendu : « Celui-ci est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde » (v. 14). Cependant, ils en tirèrent une conclusion erronée, comme le suggère l’Écriture : « Sachant donc qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau, seul, sur la montagne. » (v. 15)

Jésus n’est pas venu dans le monde pour établir un règne terrestre, mais, comme Il le témoignera plus tard devant Pilate, Son Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18, 37). Néanmoins, Il est Roi, et nous célébrons en effet dans l’Église la solennité de Sa royauté.

Pour réfléchir sur le règne du Seigneur, nous écouterons aujourd’hui quelques passages de l’encyclique du pape Pie XI sur la fête du Christ-Roi, promulguée le 11 décembre 1925 sous le titre Quas primas.

Le pape commence par souligner deux points essentiels dans l’introduction de sa lettre circulaire :

  1. La cause la plus profonde de tous les maux qui ont envahi la terre est l’éloignement des hommes de Jésus-Christ et de Sa loi.
  2. Le remède consiste à « chercher la paix du Christ par le règne du Christ » (n° 1).

Plus loin, Pie XI déclare dans son encyclique :

« Depuis longtemps, dans le langage courant, on donne au Christ le titre de Roi au sens métaphorique ; il l’est, en effet, par l’éminente et suprême perfection dont il surpasse toutes les créatures. Ainsi, on dit qu’il règne sur les intelligences humaines, à cause de la pénétration de son esprit et de l’étendue de sa science, mais surtout parce qu’il est la Vérité et que c’est de lui que les hommes doivent recevoir la vérité et l’accepter docilement. On dit qu’il règne sur les volontés humaines, parce qu’en lui, à la sainteté de la volonté divine correspond une parfaite rectitude et soumission de la volonté humaine, mais aussi parce que sous ses inspirations et ses impulsions notre volonté libre s’enthousiasme pour les plus nobles causes. On dit enfin qu’il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs : car dans tout le genre humain il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus. » (n° 4)

Le pape cite ensuite de nombreux passages de l’Ancien Testament qui prédisent le règne du Christ, puis expose cette doctrine en se basant sur le Nouveau Testament :

« Cette doctrine du Christ-Roi, Nous venons de l’esquisser d’après les livres de l’Ancien Testament ; mais tant s’en faut qu’elle disparaisse dans les pages du Nouveau ; elle y est, au contraire, confirmée d’une manière magnifique et en termes splendides.

Rappelons seulement le message de l’archange apprenant à la Vierge qu’elle engendrera un fils ; qu’à ce fils le Seigneur Dieu donnera le trône de David, son père ; qu’il régnera éternellement sur la maison de Jacob et que son règne n’aura point de fin (Lc 1, 32-33). Ecoutons maintenant les témoignages du Christ lui-même sur sa souveraineté. Dès que l’occasion se présente – dans son dernier discours au peuple sur les récompenses ou les châtiments réservés dans la vie éternelle aux justes ou aux coupables ; dans sa réponse au gouverneur romain, lui demandant publiquement s’il était roi; après sa résurrection, quand il confie aux Apôtres la charge d’enseigner et de baptiser toutes les nations – il revendique le titre de roi (Mt 25, 31-40), il proclame publiquement qu’il est roi (Jn 18, 37), il déclare solennellement que toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre (Mt 28, 18). Qu’entend-il par là, sinon affirmer l’étendue de sa puissance et l’immensité de son royaume ?

Dès lors, faut-il s’étonner qu’il soit appelé par saint Jean le Prince des rois de la terre (Ap 1, 5) ou que, apparaissant à l’Apôtre dans des visions prophétiques, il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse: Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Ibid., 19, 16). Le Père a, en effet, constitué le Christ héritier de toutes choses (He 1, 1) ; il faut qu’il règne jusqu’à la fin des temps, quand il mettra tous ses ennemis sous les pieds de Dieu et du Père (1 Co 15, 25) ». (n° 6)

Notre Seigneur Jésus-Christ est donc Roi au sens plein du terme. Son règne ne s’étend pas seulement à l’esprit, à la volonté et au cœur des fidèles, mais tous devraient également témoigner de Son règne dans la sphère publique. Cela apporterait la paix véritable à l’humanité. C’est à juste titre que le pape Pie XI affirme dans son encyclique :

« Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix — se répandraient infailliblement sur la société tout entière. » (n° 17)

Alors que je cite ces paroles émouvantes du pape, je me trouve à Jérusalem, au milieu d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Tandis qu’Israël est attaqué par des tirs fréquents de missiles de la part de l’Iran et du Hezbollah, et qu’Israël, allié aux États-Unis, bombarde l’Iran, je ne peux m’empêcher de penser que tout cela ne se produirait pas si les hommes reconnaissaient le règne du Christ et Le suivaient. Si les cœurs des hommes se soumettaient à la douce domination du Saint-Esprit, les causes des guerres seraient éradiquées.

Je termine donc la méditation d’aujourd’hui par une dernière citation du pape Pie XI, dont l’encyclique nous a accompagnés en ce dimanche de joie, et je m’associe à Son espérance :

« Si le royaume du Christ s’étendait de fait comme il s’étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre ? Il est venu tout réconcilier (Col 1, 20); il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mt 20, 28); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l’exemple de l’humilité et a fait de l’humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger » (Mt 11, 28). (n° 19)

Comme fleur de cette méditation, nous implorons que le règne du Christ s’étende sur toute la terre.

Méditation sur l’Évangile du jour (Partie I) : https://fr.elijamission.net/levangile-de-jean-jn-91-12-la-guerison-dun-aveugle-de-naissance/

Méditation sur l’Évangile du jour (Partie II) : https://fr.elijamission.net/levangile-de-jean-jn-913-23-cest-un-prophete/

Méditation sur l’Évangile du jour (Partie III) : https://fr.elijamission.net/levangile-de-jean-jn-924-41-les-aveugles-voient-ceux-qui-voient-sont-aveugles/

Download PDF