Étant donné que l’Évangile d’aujourd’hui relate à nouveau la purification du Temple, et que nous avions déjà abordé ce thème le septième jour de notre cheminement de Carême (https://fr.elijamission.net/resister-au-mal-dans-lesprit-saint/),
j’ai décidé de consacrer la méditation d’aujourd’hui à deux saints dont la fête est célébrée le 16 mars : saint Abraham d’Édesse (Mésopotamie) et sa nièce Marie.
Dès son plus jeune âge, Abraham aspirait à une vie de solitude avec Dieu ; c’est pourquoi il demanda à ses parents la permission de devenir ermite. Cependant, ceux-ci avaient déjà choisi une jeune fille qu’ils jugeaient digne de lui pour devenir son épouse. À contrecœur, Abraham leur obéit. La légende raconte qu’après le mariage, il fit part à sa femme de sa décision de vivre dans l’abstinence permanente. Par la suite, il s’enfuit en secret et s’enferma dans une cellule isolée située à environ une heure de la ville d’Édesse.
L’appel de Dieu à la solitude était si fort que toutes les tentatives de sa famille pour le ramener auprès de son épouse furent vaines. Il fortifia sa cellule, ne laissant qu’une petite fenêtre par laquelle il recevait le nécessaire pour vivre.
Il se consacra alors à une vie très ascétique et entièrement dédiée à Dieu pendant cinquante ans. À la mort de ses parents, ceux-ci lui laissèrent une grande fortune qu’il confia à un ami pieux afin qu’il la distribue aux pauvres et aux orphelins. Entre-temps, la renommée de sa sainteté se répandait, et les gens affluaient de partout pour le voir et écouter ses sermons, pleins d’onction, de sagesse et de grâce.
À cette époque, près d’Hédeb, se trouvait une petite ville très peuplée dont les habitants pratiquaient encore l’idolâtrie. Aucun des missionnaires qui y avaient été envoyés n’avait réussi à allumer la lumière de l’Évangile dans cette profonde obscurité, et le seul fruit de leur travail avait été de subir d’innombrables mauvais traitements. L’évêque d’Édesse, qui avait toujours eu le grand désir de voir cette région se convertir, décida de faire une nouvelle tentative. Il jeta donc son dévolu sur Abraham, qui jouissait d’une grande réputation de sainteté. Malgré sa résistance, il l’ordonna prêtre et lui confia la mission d’annoncer l’Évangile à ce troupeau égaré. En chemin, le saint confia sa tâche à la protection divine.
En approchant de la ville, il vit s’élever la fumée des sacrifices offerts aux idoles. Il versa alors de nombreuses larmes sur l’aveuglement du peuple et redoubla de ferveur dans ses prières. À peine arrivé, il commença à prêcher le message de Jésus, mais personne ne voulait l’écouter. Cela ne le découragea pas pour autant, et même si les païens le maltraitaient et le chassaient, il revenait chaque fois avec la même ferveur.
Ainsi s’écoulèrent trois ans. Finalement, la patience et la douceur d’Abraham touchèrent les idolâtres. Ils réfléchèrent à l’attitude de cet homme, qui leur semblait incompréhensible, et conclurent qu’il devait agir sous l’inspiration divine. Peu à peu, tous renoncèrent à leurs superstitions et demandèrent le baptême. Pendant une année entière, Abraham se consacra à les affermir dans la foi ; puis il laissa de fervents ministres à leur tête et retourna dans sa cellule.
Lorsque le frère d’Abraham mourut, laissant derrière lui une très jeune fille nommée Marie, le saint prit soin d’elle et construisit une cabane près de la sienne pour l’initier à une vie pieuse. Marie accepta de bon gré son éducation et commença à mener une vie vertueuse et exemplaire de pénitence. Cependant, un homme arriva, se faisant passer pour un moine et feignant d’être venu demander conseil à Abraham. Il séduisit Marie, l’incitant à l’impureté. Au début, elle ne trouva pas le chemin du retour vers Dieu : elle sombra dans le désespoir, partit pour une autre ville et se livra à une vie pécheresse.
Abraham, qui ignorait ce qui était arrivé à sa nièce, pleura son malheur de larmes amères et supplia Dieu dans des prières incessantes pour qu’Elle se convertisse. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il apprit où elle se trouvait. Il se mit alors en route, déguisé, et ne se fit connaître qu’une fois seul avec elle. Il lui dit : « Marie, ma fille, Marie, me reconnais-tu ? Qu’est-il advenu du manteau angélique de ta virginité ? Comment as-tu pu tomber dans l’abîme du vice, ma fille bien-aimée ? Pourquoi ne m’as-tu pas confessé ta chute ? Je t’aurais aidée à revenir à la grâce de Dieu. »
Puis, avec délicatesse, il continua à l’encourager : « Ne désespère pas, je prendrai tes péchés sur moi. Crois-moi simplement et retourne à ta solitude ! Il n’y a rien de honteux à être renversé au combat, mais il est déshonorant de ne pas se relever. Chasse le doute, car tous les hommes peuvent tomber : c’est une conséquence de leur faiblesse naturelle. Pense seulement à demander l’aide de la grâce divine. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’Il se convertisse et vive. »
Ces paroles touchèrent tellement Marie qu’elle retourna avec son oncle à sa vie de solitude avec Dieu. Elle passa les quinze dernières années de sa vie à pratiquer avec ferveur toutes les vertus. Dieu accepta avec bienveillance sa pénitence et, trois ans après sa conversion, Lui accorda même le don de faire des miracles. Finalement, elle mourut de la mort des justes. Saint Éphrem, qui vit son corps avant qu’il ne soit enterré, déclara que son visage rayonnait de gloire et que, sans aucun doute, une multitude d’anges avait conduit son âme vers les demeures éternelles.
Saint Abraham vécut encore cinq ans dans son ermitage, et l’on dit que des miracles se produisaient rien qu’en touchant ses vêtements.
Le nom de sainte Marie figure dans le calendrier grec, tandis que celui d’Abraham apparaît non seulement dans le calendrier grec, mais aussi dans les calendriers latin et copte.
Or, quelle leçon pouvons-nous tirer de cette merveilleuse histoire pour notre cheminement de Carême ? Lorsque le Seigneur appelle, la vocation doit passer avant tout le reste pour qu’une grande fécondité puisse naître. Si nous servons le Seigneur dans l’évangélisation, nous devons être persévérants et imiter la patience et la douceur de saint Abraham. Si nous voyons que quelqu’un s’écarte du chemin de la vertu et risque même de perdre sa vocation, nous devons lutter spirituellement pour cette personne. Enfin, si nous trébuchons sur notre chemin à la suite du Seigneur et que nous subissons une défaite dans le combat que cela implique, nous devons nous relever et faire confiance à la miséricorde de Dieu.
La fleur que nous cueillons aujourd’hui, c’est de prier avec persévérance pour ceux qui sont tombés dans l’esclavage du péché.
Méditation sur l’Évangile du jour : https://fr.elijamission.net/donner-la-juste-place-aux-signes-et-aux-miracles/
