La douleur de Paul pour ses frères et l’exclusion des chrétiens d’origine juive de la synagogue !

Nous avons, dans la réflexion d’hier, porté notre regard sur l’Église, sur la manière dont elle a pu – malgré toutes les résistances – se répandre, et nous avons entendu la louange de saint Irénée, qui célébrait l’unité de la doctrine dans l’Église et soulignait que la lumière de Dieu lui avait été confiée, afin qu’elle éclaire désormais les peuples. Le passage cité de son écrit se terminait par ces belles paroles : « Partout l’Église prêche la vérité ; elle est le chandelier à sept branches qui porte la lumière du Christ. »

À la fin du texte, le regard s’est de nouveau porté sur les Juifs. J’ai exprimé l’espoir qu’ils reconnaissent encore le Messie – et il faut ajouter : après d’innombrables souffrances au cours de leur histoire. Ce serait une bénédiction pour tous ! C’est ainsi que j’ai conclu la méditation d’hier. Par cette déclaration, je me réfère à une parole de l’Apôtre des nations, Paul, que nous devrions sans cesse garder en mémoire.

« Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par l’Esprit-Saint : j’éprouve une grande tristesse et j’ai au cœur une douleur incessante. Car je souhaiterais d’être moi-même anathème, loin du Christ, pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la Loi, et le culte, et les promesses, et les patriarches, et de qui est issu le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de toutes choses, Dieu, béni éternellement. Amen ! » (Rm 9,1‑5)

Nous rencontrons ici le cœur aimant de l’Apôtre des nations, qui a lui-même fait l’expérience de la grâce de la conversion. Il a reçu la grande révélation que le Christ, qu’il persécutait au départ, est le Messie attendu, dont il avait persécuté les disciples jusqu’à la mort (Ga 1,13). Nous savons ce que cela signifiait pour saint Paul. Il a été appelé par Jésus à devenir annonciateur de l’Évangile. Comme presque nul autre, il s’est mis inlassablement au service de l’Évangile et a contribué, plus que quiconque, à la diffusion de la foi dans le Messie des nations.

Il souffrait beaucoup de voir que son propre peuple, ses frères, malgré tous les avantages que Dieu Leur avait accordés et la préparation à la venue du Messie, ne Le reconnaissaient pas et rejetaient Lui et Ses enseignements (cf. Rm 9,1‑2). Mais ce n’était pas seulement une douleur pour ses frères selon la chair. Paul nous donne une indication de ce que cela signifierait pour le plan du salut si le peuple d’Israël trouvait la vraie foi. Il est dit : « Or, si leur chute a été la richesse du monde, et leur amoindrissement la richesse des Gentils, que ne sera pas leur plénitude ! » (Rm 11,12). Et plus loin : « Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une résurrection d’entre les morts ? » (Rm 11,15).

Nous reconnaissons qu’il reste encore quelque chose à accomplir dans le plan de salut de Dieu, que le “premier‑né” n’est pas encore entré dans la maison du Père par la grâce du Christ. Cela perdure jusqu’à aujourd’hui et est certainement une douleur, car Dieu Lui‑même a choisi le peuple d’Israël afin que Son Fils unique vive parmi eux en tant qu’homme, pour accomplir la prophétie et offrir le salut.

Sans pour autant négliger le souci de tous les autres peuples, il est important pour l’Église de toujours garder un œil sur le peuple de l’Ancienne Alliance et de se laisser montrer par l’Esprit de Dieu comment son annonce et son ministère peuvent ouvrir aux Juifs le chemin vers leur Messie. L’Église ne doit jamais perdre cela de vue, ni même y renoncer.

Ce n’est pas comme si tous les Juifs s’étaient laissés contaminer par l’hostilité de l’autorité religieuse envers le Christ. Nous savons en effet qu’un grand nombre de Juifs se sont convertis après le sermon de la Pentecôte prononcé par Pierre. Les Apôtres pouvaient également rendre témoignage et prêcher dans les synagogues, et toujours – ainsi le rapportent les sources – des Juifs venaient à la foi. Cela a encore été possible pendant un certain temps, mais la situation a radicalement changé après la destruction du Temple de Jérusalem, que Jésus avait prédite.

Cela s’est produit le 30 août de l’an 70 après J.-C., par les Romains sous le commandement de Titus. Cet événement avait été précédé par la révolte juive des années 66 à 73 après J.-C., au cours de laquelle on cherchait à se libérer du joug romain. Cette révolte est également connue sous le nom de première guerre juive.

Avec la destruction du Temple, les Juifs perdirent leur centre religieux et une période de remise en question s’ouvrit. Ce mouvement était particulièrement associé au nom de Johanan ben Zakkai, qui cherchait davantage à trouver un compromis avec les Romains. Ainsi, il obtint de Vespasien, le père de Titus, qui avait d’abord assiégé Jérusalem, la permission de se rendre à Jamnia, une petite localité près de Jaffa, afin d’y instruire ses disciples, de prier et d’observer les commandements, comme le prescrit la Loi.

C’est ainsi que, par son intermédiaire, commença une réorganisation du judaïsme sans référence au Temple. Un lieu d’enseignement fut érigé en alternative à la capitale perdue.

C’est là que les héritiers des pharisiens exerçaient désormais leur influence spirituelle. L’influence des rabbins et celle de la tradition orale ne cessèrent de croître. Cette évolution devint également un point central de l’affrontement entre les Juifs et les Judéo‑chrétiens.

Du côté des Juifs, une génération plus tard, les limites du judaïsme furent redéfinies, et ceux qu’ils tenaient pour des membres de sectes furent exclus de la synagogue. Ils les voyaient comme une menace pour leur foi. Parmi les exclus se trouvaient également ceux qui croyaient en Jésus comme le Messie.

Méditation sur la lecture du jour : https://fr.elijamission.net/souffrir-pour-lamour-du-seigneur/

Méditation sur l’Évangile du jour : https://fr.elijamission.net/levangile-de-jean-jn-924-41-le-bon-berger/

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