LA VIE DES SAINTS: « Fidèle jusqu’à la mort – Le bienheureux John Felton, Martyr » († 8 août 1570)

Notre saint du jour — nous ne parlons pas ici de saint Dominique — nous conduit en Angleterre, à une époque marquée par de grandes tensions politiques. Il convient de souligner que, sous le règne d’Henri VIII, les catholiques qui souhaitaient rester fidèles à leur foi connurent une période difficile.

Henri VIII avait succédé à son père sur le trône en 1509, à l’âge de 17 ans. Au début, ses compatriotes étaient enthousiastes et il semblait se démarquer positivement de son père. Mais au fil des années, son règne devint oppressant. Il en résulta une rupture funeste avec l’Église catholique. Henri VIII souhaitait en effet se séparer de son épouse, Catherine d’Aragon, et faire annuler son mariage afin d’épouser une autre femme. Elle ne lui avait pas donné l’héritier du trône qu’il désirait. Or, il n’obtint pas l’accord du pape. Sa passion pour cette femme – qui s’appelait Anne Boleyn – était toutefois si grande qu’il procéda à la rupture avec Rome. En 1534, Henri et Anne Boleyn furent excommuniés par le pape. La même année encore, Henri s’autoproclama « chef suprême de l’Église d’Angleterre sur terre ». C’est ainsi qu’est né l’anglicanisme.

Pour nous, catholiques, il est très affligeant de constater que presque tous les évêques d’Angleterre, à quelques exceptions près, ont suivi le roi dans cette rupture avec Rome.

Un règne de terreur de plus en plus intense commença, laissant derrière lui de profondes souffrances. L’Angleterre catholique dut se cacher et fut exposée à une menace constante. En 1547, le roi mourut sans s’être réconcilié avec l’Église.

Lorsqu’Élisabeth Iʳᵉ, fille issue du mariage du roi Henri VIII avec Anne Boleyn, accéda au trône en 1558, elle ne cessa de faire avancer la réforme religieuse tout en s’immisçant de manière violente dans les droits de l’Église, ce qui contraignit le pape à intervenir. Lorsque la nouvelle du massacre sanglant perpétré par Élisabeth parmi les pauvres catholiques innocents du nord de l’Angleterre parvint à Rome, le pape publia, le 25 février 1570, la bulle prononçant l’excommunication et la destitution de la reine. Bien que l’Angleterre fût alors coupée de toute communication avec le monde catholique, la bulle parvint néanmoins jusqu’à elle. Le 25 mai 1570, à l’aube, les habitants de Londres l’aperçurent aux portes du palais épiscopal. À l’issue d’une enquête approfondie, un exemplaire de la bulle fut découvert chez un étudiant de la faculté de droit, dont les membres avaient longtemps conservé l’ancien esprit catholique. Sous la torture, l’un des étudiants avoua l’avoir reçue d’un certain maître John Felton.

John Felton, un noble respecté de Southwark, au sud de Londres, était un fervent défenseur de la foi de ses pères. Il considérait comme son devoir, conformément à la volonté du pape, de porter la bulle à la connaissance de ses compatriotes. Son arrestation qui s’ensuivit ne le déconcerta donc pas un seul instant. On avait mobilisé toute une armée contre lui seul.

Le lord-maire, le juge en chef et les deux shérifs de Londres, accompagnés de 500 hallebardiers, encerclèrent la maison de Felton. Dès qu’il aperçut les agents par la fenêtre, il descendit, ouvrit la porte, leur souhaita la bienvenue et leur fit comprendre qu’il devinait bien la raison de leur venue. Il avoua immédiatement et sans détour qu’il avait affiché la bulle papale sur la porte de l’évêque de Saint-Paul, déjà anglican à l’époque, pendant la nuit.

Le procès du bienheureux John Felton fut très simple. Il avait signé chacun des points de la bulle papale et déclaré qu’Élisabeth n’avait pas droit au titre, à l’honneur et à la couronne d’une reine, et qu’elle ne devait pas être reine d’Angleterre. On ne pouvait espérer de confession plus explicite, même si, à la question de savoir s’il se reconnaissait coupable de haute trahison, Felton répondit logiquement « non coupable », car il ne reconnaissait plus Élisabeth comme sa reine, destituée de son trône par le pape. Même les tortures répétées à plusieurs reprises ne parvinrent pas à lui faire révéler le nom de ses complices. Le verdict ne faisait aucun doute : la traînée, la potence, la mutilation barbare habituelle et l’écartèlement.

Le matin du 8 août, jour où la sentence devait être exécutée, trois prédicateurs anglicans se rendirent encore à la prison de Felton afin de le faire vaciller dans sa foi par leurs talents de persuasion. Mais le bienheureux repoussa résolument toutes ces tentatives de conversion, ou, pour reprendre les termes du rapport du gouvernement, « avec beaucoup d’arrogance ». Il répondit avec détermination à toutes les objections, affirmant qu’il savait ce qu’il avait fait et qu’il restait fermement attaché à l’ancienne foi catholique que le Saint-Père, le pape, défendait depuis longtemps. « Que celui qui adopte une autre foi ou une autre doctrine sache qu’elle est mauvaise et erronée. »

À genoux, il récita le Miserere après la lecture de la proclamation royale. Puis il gravit l’échelle. À la vue de la porte sur laquelle il avait affiché la bulle de Pie V – le lieu d’exécution était le cimetière de Saint-Paul –, il déclara : « Oui, c’est là qu’était affiché le jugement du pape contre la prétendue reine ; et maintenant, je suis prêt à mourir pour la foi catholique. »

Nous faisons la connaissance d’un bienheureux qui, en période de persécution, a défendu la foi catholique avec détermination. C’est d’ailleurs ce que nous observons souvent chez les martyrs du passé. La foi est plus importante que la vie. La vérité l’emporte sur le mensonge et la tromperie.

Quelle triste évolution en Angleterre à l’époque, lorsque le roi s’érige en maître de l’Église et que la plupart des évêques ne lui tiennent pas tête !

Les saints ne sont pas seulement nos modèles. Ils sont nos frères et sœurs parfaits au ciel. Prions donc le bienheureux afin que, dans cette période de confusion croissante, nous restions fidèles à la foi catholique, même si cela doit nous coûter la vie !

Méditation sur l’Évangile du jour : https://fr.elijamission.net/agir-dans-la-foi-2/

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