EN L’HONNEUR DE SAINTE JEANNE D’ARC: « Jeanne accomplit sa prophétie : Orléans est libérée » (4e partie)

Dès lors, le cours de cette guerre s’inversa en faveur de la couronne française. L’essentiel était accompli : le dauphin Charles VII avait reçu Jeanne et s’était laissé convaincre qu’elle était envoyée par Dieu, et les autorités ecclésiastiques avaient elles aussi donné leur accord. Ainsi Dieu pouvait mener à bien son plan.

L’arrivée de Jeanne à Orléans était non seulement attendue par la population assiégée, mais elle renforça surtout les soldats du roi. La présence de la Pucelle, avec sa confiance inébranlable, fit renaître des forces nouvelles dans l’armée française et la tira de son désespoir.

Jeanne elle-même ne portait aucune arme et ne tua personne ! Mais son courage et sa détermination – rester à la tête de l’armée même dans des situations apparemment désespérées – relevaient sans cesse le moral des soldats. Cela se produisait même lorsque l’entreprise militaire semblait d’abord vouée à l’échec, mais se terminait finalement par une victoire.

Au lieu d’une arme, la Pucelle fit confectionner une bannière, comme le rapporta son confesseur Jean Pasquerel, qui l’accompagna à sa demande jusqu’à sa capture ultérieure à Compiègne. Il raconte :

Jeanne fit confectionner sa bannière sur l’ordre de ses conseillers célestes ; on y avait peint l’image du Sauveur assis sur les nuages du ciel pour juger, ainsi qu’un ange tenant une fleur de lys que Dieu bénissait. Elle me demanda de faire une bannière et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur en croix, ce que je fis. Une fois la bannière achevée, Jeanne fit se réunir les prêtres matin et soir. Ils chantaient des antiphons et des hymnes. Seuls les soldats qui s’étaient confessés le jour même étaient autorisés à y assister. Lorsque Jeanne quitta Blois pour Orléans, elle fit aligner les prêtres sous cette bannière, et ils marchèrent en tête de l’armée. Ainsi rassemblés, nous traversâmes la Sologne en chantant le « Veni Creator Spiritus » et d’autres chants.

Jeanne n’était pas seulement profondément croyante : elle voulait aussi encourager l’armée à pratiquer sa foi. Les soldats devaient se considérer comme des soldats de Dieu et se confier entièrement à Lui. Elle leur interdit donc de jurer, et en effet, ce vice répandu cessa du moins en sa présence. Elle encourageait les soldats ainsi que leurs chefs militaires à se confesser. Des messes étaient célébrées. Jeanne n’hésitait pas à chasser les femmes de la troupe lorsqu’elles n’étaient pas mariées à des soldats.

Jeanne n’était pas seulement importante pour le réconfort des soldats et le moral de la troupe. Elle assumait aussi sa responsabilité envers ceux qui commandaient les soldats. Il n’était pas rare qu’elle intervienne avec succès lorsque les délibérations entre les chefs militaires lui semblaient trop longues ou contraires à ce qu’elle avait appris de son conseil céleste.

Un exemple nous est rapporté par le Bâtard d’Orléans, le comte de Dunois, chargé de la défense d’Orléans. Il s’était attiré le mécontentement de Jeanne parce qu’il ne l’avait pas laissée marcher directement vers l’endroit où se trouvait l’ennemi anglais et avait mentionné qu’il avait suivi les conseils d’autres personnes. Il rapporte :

Jeanne a dit textuellement : « Au nom de Dieu, le conseil de notre Seigneur est plus sûr et plus sage que le vôtre. Vous avez cru pouvoir me tromper. Vous vous êtes trompés vous-mêmes, car je vous apporte un secours meilleur que celui qu’aucun capitaine ni aucune ville n’ait jamais reçu : le secours du Roi des cieux. Mais ce secours ne vient pas pour moi, mais parce que Dieu, en réponse aux prières de saint Louis et de saint Charlemagne, a pris en pitié la ville d’Orléans et ne veut pas tolérer que les ennemis du Seigneur s’en emparent. »

Et le duc poursuit en racontant que, ce qui était pour lui un signe du ciel, ils purent alors, grâce à un changement de temps, acheminer à Orléans les provisions dont on avait un besoin urgent.

À cet instant, le vent, qui jusque-là était contraire aux bateaux de ravitaillement et les empêchait de remonter le fleuve, changea et devint favorable. On hissa aussitôt les voiles et je fis monter les hommes à bord. À partir de ce moment, je plaçai un grand espoir en la Pucelle, plus encore qu’auparavant ; je la priai instamment de traverser la Loire et de venir à Orléans, où elle serait attendue avec impatience… et Jeanne se joignit à moi, brandissant son étendard, qui était blanc et portait l’image du Sauveur tenant une fleur de lys à la main. La Hire traversa la Loire avec nous et, ensemble, nous entrâmes dans Orléans, pour la plus grande joie d’une population reconnaissante.

Aux yeux de tous, les prédictions de Jeanne se réalisaient et confirmaient ainsi sa mission divine. À chaque victoire remportée, son autorité se renforçait. Elle en fit usage notamment lorsque certains commandants se montraient d’abord trop hésitants dans leurs efforts d’attaque. Mais une fois les premières fortifications anglaises conquises, les troupes françaises réussirent en peu de temps à chasser les Anglais de tous leurs bastions autour d’Orléans. Le 8 mai 1429, le siège de la ville d’Orléans prit fin, et l’arrivée salvatrice de Jeanne s’inscrivit de manière indélébile dans l’histoire de cette ville.

Ce qui fut pour les Français une intervention divine devint pour les Anglais un véritable cauchemar. Ils craignaient tellement Jeanne qu’ils refusaient parfois de se battre ou abandonnaient volontairement leurs positions dès qu’ils percevaient sa présence.

Jeanne avait accompli sa prophétie et donné le signe qu’elle avait annoncé. Orléans fut libérée, ce qui changea le cours de la guerre en faveur de la couronne française.

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