EN L’HONNEUR DE SAINTE JEANNE D’ARC: « Le roi sera couronné à Reims » (6e partie)  

Une fois la ville d’Orléans libérée du siège, Jeanne était impatiente d’accomplir sa prochaine prophétie : conduire le roi à Reims pour son couronnement. Ses voix lui avaient fait comprendre qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps pour mener à bien sa mission et qu’il fallait saisir l’occasion. Les Anglais étaient affaiblis, tandis que les soldats français étaient encouragés.

Le comte de Dunois rapporte :

Après la libération d’Orléans, nous nous rendîmes ensemble — la Pucelle, moi-même et d’autres — auprès du roi, qui se trouvait au château de Loches, afin de lui demander de nouvelles troupes pour reconquérir les forteresses et les villes de la Loire, en particulier Meung, Beaugency et Jargeau, afin qu’il puisse à l’avenir opérer en toute sécurité et sans entrave jusqu’à Reims pour son couronnement. Jeanne pressait le roi avec insistance et sans relâche de se dépêcher et le mettait en garde contre toute hésitation. À partir de ce moment, le roi agit avec toute la hâte imaginable et envoya le duc d’Alençon, d’autres chefs de guerre et moi-même — en compagnie de Jeanne — pour prendre ces villes et ces châteaux. Et en effet, ils furent ramenés sous la domination du roi — grâce à l’aide de Jeanne, je pense.

Mais Jeanne dut sans cesse s’imposer face à d’autres opinions sur la manière de poursuivre la guerre. Dans cette phase de sa mission, elle y parvint, et elle exhorta le roi à maintes reprises à ne pas trop s’attarder en délibérations. Il l’écouta, et ainsi la voie vers Reims pour son couronnement fut libre.

En ce qui concerne la manière de mener la guerre, sur laquelle Jeanne a pu exercer une influence décisive, il convient de noter ce qui suit. Avant d’attaquer les Anglais, elle envoya des lettres au roi d’Angleterre et à ses commandants, ainsi qu’aux Bourguignons, leurs alliés, leur indiquant qu’ils pourraient se retirer en toute liberté s’ils se rendaient. Elle ne tolérait pas que les soldats français commettent des cruautés, par exemple en s’en prenant aux biens de l’Église, lorsqu’ils remettaient les villages et les villes sous la domination du roi de France. Elle protégeait également les prêtres locaux qui avaient exercé leur ministère dans les villes occupées. Dans l’ensemble, elle fit preuve d’une grande miséricorde envers ses ennemis et se souciait tout particulièrement du salut de leur âme.

Nous pouvons retenir que Jeanne a mené une « guerre juste » et que toute son intervention dans la situation désespérée de la France sous l’occupation étrangère des Anglais s’est faite sur l’ordre de Dieu. Elle a souligné à maintes reprises qu’elle serait volontiers retournée auprès de sa famille si cette mission ne lui avait pas été confiée. Elle restait une jeune fille tout à fait sensible — elle avait alors dix-sept ans — qui ne supportait pas la vue du sang et réagissait aussi avec beaucoup de peine lorsque les Anglais l’insultaient. Mais dans ses décisions et dans tout ce qui concernait l’art de la guerre, elle faisait preuve d’une assurance et d’une sagesse pratique qui stupéfiaient les chefs expérimentés des différentes troupes.

Tant qu’on écoutait Jeanne, ses prédictions se réalisaient à la lettre ! Son intervention, inspirée par Dieu, reste pour nous un exemple éclatant dans l’histoire, montrant comment la collaboration entre le roi et l’Église, sous l’autorité d’une messagère envoyée par Lui, a permis de renverser le sort d’un pays en détresse. Jeanne avait demandé à Charles VII de placer sa royauté sous l’autorité du Roi des cieux et d’agir en tant que son serviteur, ce qu’il fit sur les conseils de la Pucelle.

Finalement, le roi put être couronné à Reims le 17 juillet 1429, en présence de Jeanne, qui portait son étendard. Ce fut un grand moment pour la France et pour la Pucelle d’Orléans. Ce que Dieu avait promis et lui avait confié s’était accompli.

On pouvait lire dans les communiqués du Moronis Journal (Chronique de la Pucelle), un journal qui résumait les événements de l’époque : « Les Français sont arrivés à Reims, où les rois de France sont couronnés. Le samedi 16 juillet, le Dauphin arriva et les portes de la ville lui furent ouvertes sans résistance. Le dimanche 17 juillet, il fut couronné en grande pompe. »

Le même jour, Jeanne fit écrire la lettre suivante au prince bourguignon Philippe le Bon, qui n’avait répondu ni à son invitation ni à celle du cousin du roi :

« Très haut et très vénérable prince, duc de Bourgogne, la Pucelle vous prie, au nom du Roi du Ciel, mon roi légitime et souverain, que le roi de France et vous-même concluiez une paix bonne et solide, qui durera longtemps. Pardonnez-vous mutuellement de tout cœur, en chrétiens fidèles… Je vous supplie, les mains jointes, de ne pas combattre contre nous et de croire que, quel que soit le nombre de vos hommes, vous ne vaincrez jamais, et qu’une bataille causera de grands dommages et que le sang sera versé par ceux qui combattent contre nous… »

Mais après le couronnement de Charles VII, la situation évolua d’une manière sur laquelle Jeanne ne pouvait plus exercer d’influence décisive. Des négociations s’engagèrent entre le roi et les émissaires du duc de Bourgogne, dont Jeanne fut délibérément exclue. Il en résulta un ralentissement de l’élan de l’armée royale et de fausses promesses de la part de la Bourgogne, qui ne cherchait qu’à gagner du temps. La trahison que Jeanne redoutait avait commencé.

Download PDF