Dès la capture de Jeanne, il fut vite clair ce que les Anglais comptaient faire d’elle. Jeanne n’était pas seulement une prisonnière de marque ; avec elle, la domination militaire anglaise en France avait pris fin. Ils savaient donc très bien ce qui avait causé leurs défaites. Selon eux, c’était une sorcière, une femme sous l’emprise du diable, qui avait provoqué ce revirement en leur défaveur.
Avec la défaite de Jeanne à Paris – telle qu’elle fut interprétée partout –, l’aura de son invincibilité avait disparu aux yeux des adversaires de la Pucelle. Sa capture devant Compiègne ne fit que le confirmer davantage. Moyennant une somme d’argent considérable, les Bourguignons livrèrent Jeanne au roi d’Angleterre. Ce que Jeanne avait redouté se produisit : elle était désormais entre les mains de ses ennemis.
On commença aussitôt à voir clairement comment les Anglais comptaient procéder. Il ne leur suffisait pas de traiter Jeanne comme une prisonnière de guerre : elle devait être condamnée comme sorcière par un tribunal ecclésiastique. Ils entendaient ainsi remettre en cause l’autorité du roi de France. Si l’Église condamnait la Pucelle pour sorcellerie et hérésie, alors tous ses exploits, y compris le couronnement du roi et les victoires des Français, auraient été accomplis avec l’aide du diable. Telle était leur intention.
